Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Mai 68

«LES INGÉNIEURS, CADRES, TECHNICIENS DE 1960 À 1980 »

 

CADRES-INFOS N° 638 – 5 MAI 2008 -  UGICT

 

Mai – juin 1968


Le Cartel confédéral des cadres, crée au sein de la CGT en avril 1946, va poser les fondements de ce qui va devenir l’Ugic. (union générale des ingénieurs cadres)

En 1963 une conférence va préparer le 1er congrès de l’Ugic de 1965, devenant l’Ugict-CGT

en 1969. Témoignage de la dynamique syndicale des ingénieurs et techniciens, la création de l’AGIRC (régime de retraite complémentaire pour les catégories d’ingénieurs, cadres et techniciens) en 1947 leur ouvre un régime complémentaire pérennisant leur affiliation au régime général de la Sécurité sociale.

 

Benoît Frachon, à la conférence de 1963, déclare: «grâce à l’action de l’Ugic, la démonstration est faite que la Sécurité sociale est un progrès pour tous les travailleurs sans distinction ».  Affirmation qui à la veille du 35e Congrès Confédéral, marque tout l’intérêt que la CGT porte au développement, à la structuration de notre syndicalisme.

 

La période de 1960 à 1964 est marquée par les luttes des techniciens de la navale, de l’aéronautique, etc., des ingénieurs et cadres du privé comme chez Neyrpic1 à Grenoble, leur prise de position dans la grève des mineurs, contre le plan de réquisition du gouvernement.

 

Élargir l’organisation, dépasser le stricte cadre catégoriel, les cadres au féminin, l’échelle mobile des salaires avec une grille de l’ouvrier à l’ingénieur sont des questions qui animent les débats. En 1964, parait le premier numéro du journal Options.

 

En 1966, sous l’impulsion de l’Ugic, l’Apec, (Association pour l’emploi des cadres), tout juste

créée, se dote d’un outil de formation continue afin que les cadres et techniciens puissent se reconvertir professionnellement.

Au milieu des années 60, la crise économique et le chômage s’installent. Les OPA et les fusions se multiplient, dans la plupart des industries: métallurgie, chimie, automobile, agro-alimentaire,

aéronautique, etc. Selon les estimations officielles, le nombre de demandeurs d’emplois passe de

225 000 fin 1967 à 450 000 en 1968.

 

De nombreuses grèves éclatent, ponctuées de manifestations. L’inquiétude gagne l’ensemble

du salariat. Le premier trimestre 1968 est marqué par de nombreuses actions: CNRS, chimie en février, Sécurité sociale en mars. En Mai 68, les cadres votent la grève à Sud Aviation (Suresnes et Courbevoie), à Renault Rueil, à la Snecma Corbeil, chez Berliet à Courbevoie, même s’ils déplorent les séquestrations qui seront par ailleurs condamnées par la CGT.

 

Plus de 150 millions de journées de grèves déclarées. Tous les secteurs sont touchés.

Si les étudiants contestent le pouvoir dans les facultés, l’idée qu’on peut contester le pouvoir des

directions grandit aussi chez les ICT et commence à mûrir à l’intérieur des entreprises.

 

Le 18 mai, l’Ugic déclare: «Les ingénieurs, cadres et techniciens, quoique placés devant une situation qui nécessite de leur part d’engager leurs responsabilités professionnelles, prennent dans cette période conscience de la nécessité de leur participation aux actions.

 

En prenant part au développement de ce large mouvement revendicatif, les cadres contribueront à la satisfaction de leurs propres revendications, liées à celles de l’ensemble des travailleurs.

En aucun cas, les formes d’action ne sauront opposer les cadres aux autres catégories de salariés. L’Ugic appelle tous les ingénieurs, cadres et techniciens à se rassembler, à prendre dans l’unité tous les contacts avec les travailleurs des entreprises et leurs organisations syndicales, afin de décider de leur participation, y compris lorsque celle-ci revêt la forme de l’occupation des lieux de travail. »

 

 

L’Ugict-CGT dans les entreprises.

 

Des slogans tels que «les cadres c'est comme les étagères, plus c'est haut, moins ça sert» mettront en avant l'autogestion pour l'opposer au supposé «corporatisme » de la CGT. La CFDT essaiera d’attirer ingénieurs, cadres et techniciens.

 

L’Ugict-CGT, quant à elle, remet en cause l'autorité patronale, critique le syndicalisme catégoriel, refuse la démagogie anti-hiérarchique. Le syndicalisme cadre, malgré ses divisions, va prendre un essor décisif. Il s'installe à partir de réflexions remettant en cause le pouvoir patronal absolu. Des relations s'ébauchent dans les luttes entre cadres et salariés d'exécution, une tendance qui doit être prise en compte à sa juste mesure car elle sera d'une véritable importance sur le long terme. Ainsi se construit un «collectif de travail » qui commence à prendre conscience de son existence. Le lien n'est pas uniforme, des coupures se produisent parfois entre agents de maîtrise et techniciens d'une part et cadres d'autre part.

 

Les clivages ne sont pas toujours déterminés par des critères hiérarchiques à l'exemple de la RATP où l'opposition est moins entre les maîtrises et cadres qu'entre administratifs et autres catégories. Les débats portent sur les revendications salariales immédiates, les suites à leur donner, la définition des postes… On discute de plus en plus de grille hiérarchique, de statut, de formation, c’est un pas vers l'intervention dans la gestion. Le thème de l’autogestion qui n’est porté que par la seule CFDT suscite de ce fait de la méfiance. Pour autant peut-on conclure que mai-juin 1968 ne fût pas une expérience innovante?


Les pratiques et démarches propres à cette période restent limitées à la gestion de la grève elle-même. Les structures grévistes ne se revendiquent pas comme des solutions alternatives de gestion populaire.

Seuls les ICT discutent du pouvoir économique et social. Un sentiment diffus existe: «Quelque

chose ne peut perdurer au niveau des institutions, entreprises, professions, universités». La perception d'un arbitraire patronal inadapté, voire intolérable, implique la mise en cause de l’autorité à l'université comme dans l'entreprise.

 

Les mots d'ordre expriment l’urgence d’une nouvelle définition du travail pour toutes les catégories de salariés, du savoir et de la formation, de la production. Ce questionnement

implique l'appropriation par chacun des normes de la dynamique sociale, la recomposition

des fonctions de conception et d'exécution, la disparition de la frontière qui sépare le commandement de la production. Nouvelle définition de la place de chacun dans les collectifs de travail et les communautés sociales en mouvement? Conception possible d'une autre société?

 

Faut-il recomposer l'espace social, repenser les rapports des individus entre eux avec leur

environnement ? Faut-il repenser la société, donner du «sens», des valeurs, un projet?

 

Mai 68 fut autre chose que le refus, il exprimait l’exigence d'un paysage social nouveau.

Aller du discours à la pratique,ne pouvait venir du politique, «englué» dans le traditionalisme.

Il reste la négociation, la satisfaction des revendications à partir du constat de Grenelle, de son application, ce qui n'est pas mineur!

Les années1970 vont voir la montée du thème de l'emploi et de la qualification du travail.

 

Autour des statuts, des grilles hiérarchiques, de la formation, c'est la division du travail qui est interrogée. La grève des OS de mars 1971, le conflit Lip témoignent de l'ampleur des questions posées. L'extension du droit syndical va déboucher sur le droit d'intervention des salariés sur la gestion de l'entreprise. Quand les choix patronaux font de plus en plus la preuve de leur inefficacité…

Avant on contestait le capitalisme, dès lors on commence aussi à contester les directions, l’organisation du travail et la gestion de l’entreprise.

 

L'Ugic rajoutant le T pour techniciens en 1969 devient Ugict.

Elle va s'employer à répondre aux questions posées dans ces années. La création de la section syndicale d’entreprise va ouvrir la syndicalisation des ICTAM et conduire à la transformation des

syndicats nationaux d’ingénieurs et cadres en syndicats d’entreprise. Le patronat, s’il est contraint d’appliquer de nouvelles règles sociales, va mettre en oeuvre des orientations concernant les salaires individualisés, l'enrichissement des tâches, les cercles de qualité. C'est une autre étape qui s'annonce, montrant que le patronat n'en est plus au stade du bricolage. Avec un encadrement formé à des méthodes tayloriennes de séparation et de parcellisation du travail, des changements notables, une nouvelle phase de mutation se produit, d'où les cercles de pilotage mis en place par le CNPF et les cercles de qualité pour les cadres.

 

S’il est contraint de faire partager en partie des décisions prises au plus haut niveau, il va mener

une bataille économique, non pas avec des discours, mais à partir de problèmes réels que

vivent les salariés dans l'entreprise, le sens qu'il donne à la formation de l'encadrement.

Le discours de François Ceyrac à Villepinte: «Si les cadres basculent, nous sommes foutus » laisse à penser ce que le CNPF va mettre en oeuvre pour récupérer son autorité à l'entreprise.

 

 

Concernant la formation professionnelle, les acquis de 1968 seront appliqués seulement à partir de 1981.

 

Avec les questions posées dans les entreprises, le patronat craint que les salariés n'accèdent au savoir et à la connaissance alors que paradoxalement il a besoin de qualification, de savoirs professionnels et humains. La nécessité qui va émerger d'une «intervention dans la gestion» par les salariés (souvent évidente pour les ICT, plus discutée chez les ouvriers et employés), trouve son fondement dans l'évolution du travail, sa réalité, son lien organique avec les performances économiques de l'entreprise.

 

L'enjeu est bien de définir à quelle logique de gestion, à quelles évaluations et critères financiers sera articulée la connaissance du travail, des capacités et des savoirs qu'il mobilise. Leur appropriation est l’objet de conflits sociaux. En devenant Ugict au 3e congrès, elle prend en compte la catégorie des techniciens en expansion. Cette catégorie a des liens étroits avec celles des cadres et des ingénieurs dans le travail.

 

Le nombre de cadres va doubler entre 1965 et 1985. Celui des techniciens et agents de maîtrise sera multiplié par quatre.

En 1969, le 37e Congrès de la CGT, sous la houlette de Georges Séguy, alors Secrétaire général,

modifie ses statuts afin de définir la place et le rôle de l’Ugict dans la CGT. Lemot d’ordre du congrès: «la CGT partout et pour tous» illustre l’effort entrepris pour développer la démocratie syndicale. Il montre pourquoi la CGT ne considère pas le renforcement comme une tâche de circonstance, mais comme une responsabilité permanente.

 

L’originalité de l’Ugict-CGT C’est sa double nature. Elle repose sur ce qui fait son originalité dans les organisations de cadres: sa spécificité notamment en se démarquant du catégoriel opposant les catégories entre elles. C’est l’outil dont se dote la CGT pour développer son activité parmi ces catégories.

 

C’est l’organisation dont se dotent les ingénieurs, cadres et techniciens afin de définir et mettre en œuvre leur revendications, leurs actions, en veillant à la convergence d’intérêt entre les différentes catégoriesde salariés.

C’est ainsi la période de structuration avec la création des Unions fédérales puis des Commissions départementales. Le 7e Congrès de l’Ugict-CGT réaffirmera le besoin de développement de l’organisation, de la notion de «double nature», de l’efficacité de l’action. Ce congrès va affirmer l’Ugict-CGT comme force de propositions.

 

Le 40e Congrès de la CGT et le 7e Congrès de l’Ugict-CGT seront ainsi au diapason pour «le développement d’un syndicalisme moderne et efficace » et adopteront simultanément les notions

de « convergence » et de «diversification».

 

 *Neyrpic était spécialisé dans les constructions géantes dont l’usine marémotrice de la Rance en 1955.

 

 

 

1969

% d'évolution

entre 1965 et 1969

Ingénieurs          

190 000     

+38%

Cadres supérieurs  

450 000

+19%

Techniciens        

540 000    

+55%

Cadres moyens     

740 000   

+18%

Cadres moyens des services médicaux

176 000

+60%

Contremaîtres

360 000     

+17%

Tag(s) : #Fondements

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :