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"Le travail c'est d'abord une auto-réalisation de soi"  10/05/2017

 

On aurait pu ajouter ... et des autres (dans une vision individuelle et collective )

On pourrait également préciser que la réalisation de soi ne se trouve pas (et fort heureusement) uniquement dans le travail...ah les fous.... l'individualisation sous tous ses aspects, l'introspection comme seul avenir...Etre une goutte sans voir l'océan. Mais bon, restons ouvert...

 

La Fondation Jean Jaurès vient de publier un essai sur le travail : "Changer le travail pour changer de société" (*). Marc Deluzet, l'un des auteurs, président de l'Institut Érasme, analyse les enjeux liés à la transformation du travail et à la nécessité de repenser la place des salariés au sein des entreprises.

 

Dans votre ouvrage, vous prenez le contre-pied de ceux qui parient sur la disparition du travail liée à l'essor du numérique...

 

Depuis plusieurs années, on insiste sur la disparition du travail. Mais en fait nous assistons surtout à une crise symbolique du travail ; le travail disparaît, mais avant tout symboliquement. Le vrai enjeu est la transformation du travail et la question de la montée en compétences. Ce n'est pas la technologie qui supprime des emplois ; c'est la manière dont on les utilise. Il faut réfléchir à un transfert vers d'autres formes d'emploi mais cela ne se fait pas spontanément. Les expériences de digitalisation qui fonctionnent sont celles qui sont accompagnées par l'humain. Lorsqu'on croit supprimer facilement des tâches on n'est pas loin de penser que les hommes et les femmes  sont des robots ! Il y a des suppressions d'emplois mais on peut en reconstruire d'autres qui soient utiles et rentables en humanisant le travail.

 

Or, le discours politique reste dans une logique de productivité du travail par les coûts et de la réduction de l'emploi. Le discours public véhicule cette idée anxiogène. En 2007, Nicolas Sarkozy revalorise le travail mais uniquement d'un point de vue monétaire [référence à son slogan : "Travailler plus pour gagner plus]. Depuis, le discours politique a peu évolué.

 

Le travail est resté à la marge des débats de la présidentielle. Comment analysez-vous la faiblesse du discours politique sur ce sujet ?

 

L'une des explications tient au fait que la plupart des candidats n'ont jamais travaillé en entreprise, sinon dans des postes de direction. Ils connaissent peu les processus de travail. Or, le travail c'est d'abord une auto-réalisation de soi, de la socialisation. C'est en endroit où on construit quelque chose avec d'autres différents. Il faut l'avoir expérimenté, s'être confronté à une réalité qui résiste.

 

Vous reliez d'ailleurs la crise du travail à la crise du politique...

 

Nous sortons d'une période où le travail était organisé autour de procédures, de règles et de normes, mais aujourd'hui la dimension humaine redevient essentielle. Même si le numérique peut aussi en rajouter dans le déshumanisation. Nous constatons la même chose en politique : nous régulons la société par de la réforme procédurale et programmatique, peu par la responsabilisation des acteurs. Le fordisme s'est diffusé à l'ensemble de la société. Même le mouvement syndical a reproduit une culture de "bureau de méthodes" avec ses militants, ses revendications générales, même si des changements émergent.

 

Comment réhumaniser le travail ?

 

Il faut inventer de nouvelles régulations avec les individus et responsabiliser les hommes et les femmes avec des enjeux en termes d'engagement des salariés. Le travail peut devenir un espace de création où on libère l'initiative. Il faut aussi repenser le rôle des managers et passer à un management qui écoute, dialogue, co-construit avec les différents membres de l'équipe et favorise le développement de ses collaborateurs.

 

Pour poursuivre le parallèle avec la politique - les primaires l'ont montré - la démocratie ce n'est pas que l'élection mais le débat permanent et un débat pour arriver à prendre des décisions. L'entreprise devrait être le lieu où on devrait avoir cette culture du débat. Il ne suffit pas d'élaborer des chartes ; au moment de les mettre en application, il faut s'appuyer sur les individus.

 

 

(*) "Changer le travail pour changer de société", essai issu d'un groupe de travail constitué de membres de l'Institut Erasme, lieu de réflexion pluridisciplinaire, de dialogue et d'action : Marc Deluzet, cadre supérrieur dans un groupe international, ancien responsable syndical et président de l'Institut Erasme ; Camille Imhoff, professeure de philosophie et doctorante au CNAM/université de Paris X, en sciences de gestion, sciences de l'information et de la communication et philosophie ; Jean-Pierre Jaslin, consultant fondateur de Social & Management ; Bertrand Madelin, directeur santé et conditions de travail de plusieurs groupes internationaux ; François silva, professeur à Kedge, directeur de la chaire Bien-être et travail et chercheur au DICEN-CNAM.

 

Florence Mehrez

Tag(s) : #Contre-Culture

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