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Emmanuelle Dussart, faire exister les attachés territoriaux

 

Publié le 27/04/2017 • Par Julie Krassovsky  • dans : France, Toute l'actu RH         

 

emmanuelle-dussart-2act

 

Jean Paul Teillet/LA GAZETTE

Emmanuelle Dussart, la présidente de l’Association des attachés des collectivités territoriales (2ACT) fédère peu à peu les membres de ce cadre d’emplois. Avec patience et détermination.

 

Chiffres-clés

•1992 : Adjointe au chef du service « foncier » à la direction de l’urbanisme, mairie de Colombes (Hauts-de-Seine)

•1995 : Adjointe au chef du bureau « foncier », conseil général des Yvelines

•2001 : Adjointe à la directrice des finances, mairie d’Igny (Essonne)

•2003 : Chargée du service « foncier urbanisme », pôle « Sud Ouest », Nantes métropole

•2009 : Responsable de l’unité « domaine », service « voirie », Nantes métropole

•2013 : Responsable de l’unité « instruction ADS et foncier », pôle « Ouest », Nantes métropole

•2014 : Création de l’association 2ACT

 

 

« Je suis l’attachée la plus lambda qui soit », affirme-t-elle dans un large sourire, les yeux pétillants. Tout en discrétion mais avec peps, cette responsable d’unité rattachée au pôle « Ouest » de la métropole de Nantes s’est embarquée, sans préméditation aucune, dans une croisade ardue : la reconnaissance du grade d’attaché, notamment sur la question de la rémunération et des missions, de plus en plus spécialisées et exigeantes.

 

Pour y arriver, elle a créé 2ACT, l’Association des attachés des collectivités territoriales. Depuis ­janvier 2014, l’administratrice tente ainsi de faire entendre sa voix auprès du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT) autant que de son ministère de tutelle. Un travail de longue haleine pour lequel elle peine encore à obtenir une vraie mobilisation de la part des principaux concernés : les attachés eux-mêmes.

 

Inégalités flagrantes

 

« Il faut que, partout, dans les collectivités, ils réclament cette revalorisation, mais souvent ils hésitent en raison des budgets contraints et bien souvent aussi parce qu’ils pensent que c’est perdu d’avance. » Un fatalisme que la présidente combat mais comprend. Elle-même a mis du temps avant de se préoccuper de son propre statut.

 

Entrée dans la fonction publique territoriale comme adjointe au chef du service « foncier » à la direction de l’urbanisme de la mairie de Colombes (84 400 hab., Hauts-de-Seine), Emmanuelle Dussart poursuit sa carrière d’adjointe administrative dans les ­Yvelines puis à Igny (10 100 hab., Essonne) avant de partir pour Nantes et sa métropole (619 250 hab.), en quête d’un meilleur cadre de vie. Mère de quatre enfants, épouse d’un rédacteur, cette cinquantenaire active apprécie « apporter un service aux usagers sans le faire payer ».

 

Une vie professionnelle épanouie, bousculée pourtant par une conversation matinale au coin d’une machine à café au siège de la métropole de Nantes. C’était il y a trois ans. Lors d’un échange anodin sur les différences de régimes indemnitaires entre la filière technique et la filière administrative, son collègue ingénieur lui révèle le montant qu’il perçoit : 769 euros. « La somme me revenant était, elle, de 403 euros. Je savais bien que je gagnais moins mais pas avec une différence aussi importante. »

 

Emmanuelle ­Dussart se plonge alors dans la lecture des délibérations sur le régime indemnitaire. Elle prend l’avis de son ancienne responsable de service et d’autres collègues de sa collectivité qui réalisent, comme elle, l’inégalité de traitement. C’est avec ce petit noyau d’agents qu’elle fonde 2ACT. « Le profil des attachés est très hétérogène d’une collectivité à une autre, je souhaite les fédérer. » De fait, souvent peu nombreux dans l’effectif global d’une collectivité, ces agents représentent tout de même près de 50 000 personnes.

 

Opération vérité

 

Et alors que certains profils de postes se confirment dans une technicité administrative, d’autres se rapprochent de ceux des ingénieurs territoriaux, eux aussi en évolution. Une affirmation qui ressort du recensement effectué par son association à partir des annonces d’emploi, publiées entre 2014 et 2015, et des profils requis pour établir une typologie des postes, des compétences et des niveaux d’étude. L’objectif ? « Faire apparaître les métiers réellement exercés », explique ­Emmanuelle ­Dussart. Banco ! « Près de 30 % des postes proposés aux attachés demandent, en réalité, un niveau bac+ 5, ou sont indifféremment ouverts aux attachés et ingénieurs », assène la présidente, irritée de s’entendre toujours opposer l’inégalité de traitement par le niveau de diplôme comme justification.

 

A quoi tient alors encore cette différence de rémunération ? Pour ­Emmanuelle ­Dussart, les causes sont multiples. « La faute d’abord à un manque d’organisation des attachés. De plus, la filière compte une majorité de femmes. » Or, ajoute-t-elle, « en quoi la fille qui écrit le marché public est-elle moins compétente que l’ingénieur qui va l’exécuter ? » Si son combat croise, de fait, celle des inégalités de salaires entre hommes et femmes, la dynamique présidente n’en fait pas son unique cheval de bataille.

 

En quoi la fille qui écrit le marché public est-elle moins compétente que l’ingénieur qui va l’exécuter ?

Grandir pour peser

 

« Le fait que la filière administrative soit majoritairement féminine n’est qu’un aspect du problème », insiste-t-elle aussi pour ne pas démotiver les hommes occupant cette fonction. Son association a d’ailleurs fortement porté la voix des attachés sur la question du protocole relatif aux parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR) qui ralentit encore un peu plus la progression de carrière de ces agents.

Un sujet sur lequel, elle a tenu à alerter, début 2015, le CSFPT. « Leur rapport nous donne raison mais il n’est que consultatif », remarque la présidente qui ne se démotive pas… Bien au contraire.

 

Encore artisanale, son association communique via un site internet, bricolé par un ami de son fils aîné, et sur les réseaux sociaux (Facebook, ­Twitter). Les adhérents se multiplient, ils sont plus d’une centaine, et 2ACT compte dans ces rangs de plus en plus de jeunes agents. Comme Daria Mariani, 31 ans, cheffe de projet au cabinet du député maire de Villiers-sur-Marne (28 300 hab., Val-de-Marne). Devenue référente de l’association pour la région parisienne, la jeune attachée explique pourquoi elle suit ­Emmanuelle Dussart dans sa croisade. « C’est quelqu’un d’abordable et de très intègre dans ses prises de position. Sa démarche n’est pas liée à des intérêts personnels. »

 

Approchant la fin de sa carrière, Emmanuelle Dussart a bien conscience de se battre pour les générations à venir. Une lucidité qui lui donne beaucoup de force… Et de patience.

Tag(s) : #Luttes Services Publics

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