Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Evasion fiscale: maximum

Santé : minimum

Il n’y aura pas de valeur limite d’exposition des travailleurs aux fumées de diesel. Ainsi en a décidé la Commission européenne dans la révision de la directive sur les agents cancérogènes. Une révision a minima qui irrite la Confédération européenne des syndicats.

« En retard de plusieurs décennies. » C’est avec cette formule que la Confédération européenne des syndicats (CES) a accueilli les propositions de la Commission européenne relatives à la révision de la directive sur les agents cancérogènes et mutagènes en milieu de travail, laquelle date de 2004. Alors que la CES plaidait pour l’adoption, d’ici à 2020, de valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP) pour au moins 50 substances cancérogènes prioritaires, l’instance européenne n’a établi des seuils limites que pour 18 substances nocives. Une première liste de 13 agents, dont la silice cristalline alvéolaire (SCA), les composés du chrome (VI), les poussières de bois durs et l'hydrazine, a été publiée en mai 2016. Elle est en discussion et les amendements du Parlement européen seront votés en avril prochain.

Coûteux pour la santé publique

Le 10 janvier, la Commission européenne a annoncé l’extension du champ d’application de la directive à 7 nouvelles substances. Parmi celles-ci figurent les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), le plus connu étant le benzopyrène, qui passe à travers les filtres à particules des véhicules diesel. Sauf qu’il ne s’agit pas, pour la Commission, d’établir des valeurs contraignantes sur les fumées de diesel. Selon Laurent Vogel, chercheur à l’Institut syndicaI européen (l’appui technique et scientifique de la CES), « c’est un coup de bluff. La Commission annonce l’extension du champ d’application à 7 agents cancérogènes, mais deux d’entre eux, dont les vapeurs diesel, n’ont pas de valeur limite contraignante ». Pour les syndicats, ce renoncement est coûteux pour la santé publique. D’une part, les cancers d’origine professionnelle sont la première cause de mortalité des travailleurs de l’Union européenne. D’autre part, les vapeurs diesel, qui sont à l’origine de cancers du poumon et d’autres problèmes de santé, représentent l’exposition la plus fréquente sur les lieux de travail.

Ainsi, le benzopyrène est classé cancérogène avéré depuis 2012 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Plus de 3 millions d’Européens travaillant dans des raffineries, des centrales électriques, dans le traitement du bois, l’aluminium ou encore la construction de batteries électriques sont exposés chaque jour. Si l’on tient compte de la toute la carrière professionnelle, le nombre total de personnes exposées grimpe à 12 millions en 2010 et pourrait croître jusqu’à 20 millions en 2060. Le coût humain est estimé à 10 000 décès d’ici 2069 et le coût économique abyssal oscille entre 6,2 et 194 milliards, selon le document de travail de la Commission.

« La France s'est désengagée »

L’enjeu est de taille au niveau communautaire, car 13 Etats membres (sur 28) n’ont toujours pas défini de seuils d’exposition pour ces vapeurs diesel, dont des « poids lourds » de l’Union : la France, l’Italie, l’Espagne et la Belgique. A contrario, la Bulgarie est la plus restrictive (0,00015 mg/m³), suivie des Pays-Bas (0,00055 mg/m³) et de l’Allemagne (0,0007 mg/m³). « Avec la fin de la présidence de François Hollande, la France s’est désengagée, ce qui a laissé le champ libre au lobbying agressif d’industriels et d’organisations patronales », précise Laurent Vogel.

La Commission laisse entendre qu’elle donne trois ans aux parties prenantes pour revenir sur la possibilité de fixer un seuil à 0,002 mg/m³. « Les valeurs limites d’exposition actuelles sont basées sur de très vieilles données, remontant dans certains cas à plus de quarante ans, a déclaré Esther Lynch, secrétaire confédérale de la CES. Eu égard au nombre élevé de décès dus chaque année à des cancers d’origine professionnelle, ces limites ne suffisent manifestement pas pour sauver des vies ». La CES s’inquiète aussi du fait que l’accord conclu par les partenaires sociaux dans le domaine de la coiffure soit toujours ignoré dans les propositions. Cet accord visait à limiter l’utilisation de colorants, suspectés d’être la cause de cancers de la vessie.

Le texte final devra être adopté par le Parlement et le Conseil dans le courant de l’année.

 

A LIRE AILLEURS SUR LE WEB

– Sur le site de la Fédération des diabétiques : les diabétiques militent contre les discriminations au travail.

– Un article sur le site de Basta, publié le 9 janvier : Les travailleurs ubérisés commencent à s’organiser face à « l’économie des petits boulots » et à sa précarité.

– 2017 : changer le travail pour changer la vie ! Une tribune dans Libération appelle à mettre fin à des situations qui usent les salarié(e)s et handicapent l’économie.

Clotilde de Gastines
Article Web - 16 janvier 2017
Tag(s) : #Europe

Partager cet article

Repost 0