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Ouvrez-vous à l'avenir!

Une confédération générale des Scop anime en France le réseau des Scop avec 13 Unions régionales. CGSCOP.

Malgré la crise, on assiste à une hausse des créations de Sociétés Coopératives et Participatives (coopératives ouvrières de production). Sur quels principes repose ce modèle d’entreprise original, pensé et expérimenté depuis deux siècles ? Est-il toujours adapté ?

Concilier le travail et le capital

Le mouvement coopératif est né pour répondre à la question sociale posée dès la première révolution industrielle. Face aux inégalités et aux crises fréquentes liées au capitalisme "sauvage", pouvait-on concilier les intérêts du travail et du capital ? Une partie du mouvement ouvrier, à la suite de Marx et d’Engels, répondit par la négative : seul un renversement violent du capitalisme mettrait fin à ses "contradictions". Jules Guesde écrivit : "Prétendre faire autre chose que du capitalisme dans la société capitaliste est véritablement inouï". Au contraire, pour Fourier, Saint-Simon ou Proudhon, inspirateurs du mouvement coopératif, une association libre des travailleurs s’appropriant l’outil de travail pouvait réussir.

Une utopie en actes

L’utopie devint très vite réalité. Robert Owen (1813), le premier à New Lanark en Écosse, démontre que l’élévation des salaires et le financement de la scolarité des enfants d'ouvriers ne nuit pas à sa prospérité. En 1844 à Manchester, 28 tisserands, les "équitables pionniers de Rochdale" fondent la première coopérative de consommation intégrée à la production pour garantir l’emploi et les prix les plus bas aux consommateurs. Ils lanceront le principe "1 homme/1 femme = 1 voix" : chaque associé a le même pouvoir délibératif. En 1883, en France, Paul Godin, inventeur du poêle en fonte émaillée, applique la philosophie de Fourier : au familistère de Guise apparaît un mode de vie collectif et une répartition équitable du bénéfice entre le travail, le capital mais aussi le "talent" afin de récompenser les innovations. Enfin, le docteur Buchez, disciple de Saint Simon (Le nouveau christianisme, 1825), fut le véritable créateur du modèle français des SCOP : les travailleurs seront majoritaires dans le capital pour assurer "le pouvoir du travail sur le capital" et une part des profits sera mis en réserve impartageable, pour assurer la pérennité de la coopérative.

ICSO et VOA… deux destins coopératifs albigeois

Les débuts de la VOA sont connus. En 1896, la proposition de Jaurès d’une verrerie coopérative "propriété commune de toutes les organisations ouvrières" est retenue : la VOA sera gérée par les syndicats jusqu’en 1931, puis devient une SCOP. Rachetée par Novalliance puis par Saint Gobain en 1986, la VOA y perd son statut de SCOP et finit en 2015 dans le giron du fonds d’investissement Apollo. En 1903, la société d'Henri Amalric, imprimeur, et Le Journal du Tarn de Jules Sablayrolles deviennent l'Imprimerie Coopérative du Sud Ouest (ICSO). Le modèle est fouriériste. Les profits sont partagés : 15 % vont au fonds de réserve, 20 % aux actionnaires salariés ou extérieurs, 45 % aux travailleurs et 20 % aux dirigeants. Comme l’explique Philippe Bloqué ("1903, une imprimerie coopérative albigeoise", ICSO 2003), cela s’inscrit dans le courant du catholicisme social soutenu par le pape Léon XIII. L’ICSO existe toujours ; elle a financé elle-même en 2005 une rotative pour l’impression en quadrichromie du Tarn Libre. Mais aucune des deux coopératives n’aura accompli le but primordial de "remplacer le capital par le travail", note P. Bloqué qui s’interroge : "N’ont-elles pas été victimes des progrès de l’individualisme qui repousse toutes les solutions collectivistes ?" Pessimisme à relativiser…

La dynamique des SCOP expliquée par ses acteurs

Les données exposées par Anne Rostand, de l'Union régionale des SCOP de Midi-Pyrénées, montrent l’expansion du secteur coopératif. On compte en France 2 700 SCOP. Deux tiers des SCOP sont issues d’une création ex-nihilo, le dernier tiers se partage entre la transformation d’entreprises saines (transmission), et la reprise au tribunal de commerce (dernière en date : Société nouvelle des transports Cazes à Mazamet). Le Tarn compte 35 coopératives représentant 600 emplois. On peut citer Albi Chauffage , la nouvelle fonderie Gillet (Albi), CITEL (pose de réseaux, St-Sulpice), SITELEC (électricité, Carmaux), CIBC du Tarn (bilan de compétences, Castres). Raymond Bataille (ancien de SITELEC) et Aurélie Ferjoux (CIBC) témoignent en positif de leurs expériences. Les SCOP se fondent sur la reconnaissance de la dignité du travail, la participation aux décisions, le partage des bénéfices, la transmission intergénérationnelle. Le capital est détenu majoritairement par les salariés. Ceux-ci possèdent au moins 51 % du capital et 65 % des droits de vote pour les décisions importantes. 60 % des salariés sont associés au capital de leur SCOP (80 % après deux ans d’ancienneté). La gouvernance est démocratique : chaque associé a une voix quelque soit son nombre de parts.

Le "futur aux SCOPS" !

Une grande partie des bénéfices finira en réserves impartageables, déductibles de l’impôt sur les sociétés : cet avantage fiscal favorise l’autofinancement, permet de résister à une crise de trésorerie et facilite la transmission du capital. D’autant que le capital ne prend pas de valeur dans le temps ce qui permet le rachat par les entrants. Les SCOPS ont un taux de pérennité cinq ans après leur création, très supérieur aux entreprises classiques. D’autres facteurs expliquent cette résilience : l’implication du personnel et l'accompagnement apporté par l'Union régionale des SCOPS. Enfin, la loi Hamon (2013) a renforcé le statut des société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) dans le secteur de l’économie sociale et solidaire : les collectivités territoriales peuvent détenir jusqu’à 50 % du capital et recruter des jeunes en emplois d’avenir. Les Sociétés Coopératives et Participatives apportent donc des réponses crédibles à la transmission d’entreprise, la revalorisation du travail et la mutation vers une économie de services qui justifie le soutien des pouvoirs publics.

Christian Branthomme et Loïc Steffan

Tag(s) : #Contre-Culture

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