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Cette europe combat toujours l'intérêt général

Genève s’apprête à une nouvelle grève de la fonction publique

Mardi, les fonctionnaires seront à nouveau dans la rue, malgré le dialogue entamé avec le Conseil d’Etat. En parallèle, les enseignants entament des boycotts pour défendre l’école. Le budget 2016, lui, est dans l’impasse

4 minutes de lecture

Laure Lugon Zugravu
Publié vendredi 27 novembre 2015 à 14:19, modifié vendredi 27 novembre 2015 à 15:32.

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A Genève, la fonction publique a de la suite dans les idées. Après une première grève au succès retentissant il y a quinze jours, elle remettra le couvert mardi 1er décembre. Un mouvement reconductible.

Il est deux choses que les fonctionnaires n’ont pas avalées: les objectifs d’économies que réclame le Conseil d’Etat pour assainir les finances publiques, soit une somme correspondant à 5% des dépenses de personnel sur trois ans (200 millions de francs); la loi dite du «personal stop» votée par le Parlement pour renforcer le frein à l’endettement. Celle-ci bloque les postes à l’Etat aussi longtemps que la dette publique n’aura pas désenflé. La gauche s’est unie pour l’occasion en lançant un référendum.

Bien assez pour mettre plusieurs fers au feu. Aussi le corps enseignant du degré secondaire a-t-il décidé, en plus du débrayage, de boycotter un symbole: l’Escalade, véritable institution que l’école fête à grand renfort d’activités. «Toucher à l’Escalade va frapper les esprits pour mieux désigner les ennemis de l’école, estime Salima Moyard, présidente de la Fédération des associations des maîtres du cycle d’orientation (FAMCO), qui tenait conférence de presse jeudi. Les parents indignés devront savoir que ce n’est qu’un avant-goût des suppressions à venir.»

Ce tir de mousquet contre la tradition s’accompagne d’un coup de canon contre le système. Désormais, les enseignants pratiquent aussi la rétention des notes: ils ne les transmettent plus au département. «La panique dans laquelle se trouve celui-ci montre que la pression porte ses fruits", conclue Salima Moyard. Si 80% des enseignants suivent le boycott au cycle d’orientation, seules 25 écoles sur 164 jouent le jeu au primaire. Alors que la ministre socialiste en charge du DIP Anne Emery-Torracinta s’était abstenue sur le budget 2016, soutenant ainsi le combat de sa base, elle s’est fâchée contre ce coup de griffe à l’administration, par une lettre envoyée à ses collaborateurs. Appelé par l’assemblée du personnel de l’Etat, comme ministre de gauche, à rompre avec la majorité du collège, le vert Antonio Hodgers réplique: «Verser aux banques 200 millions d’intérêts de la dette chaque année n’est pas une valeur de gauche. Je soutiens les efforts du Conseil d’Etat pour maîtriser la dette.»

Pour autant, le front syndical ne lâche rien, exigeant le retrait des mesures d’économies et l’ouverture de négociations sans préalable. Le Conseil d’Etat restera-t-il ferme sur ses exigences? Il a rencontré jeudi les représentants de la fonction publique. Mais aucune percée significative n’en est ressortie et rendez-vous est pris le 8 décembre. «Nous avons signifié à de nombreuses reprises que nous étions ouverts à d’autres pistes, explique le président du Conseil d’Etat François Longchamp. Ils nous ont demandé du temps pour y réfléchir. Nous y avons répondu favorablement, si la durée de leur réflexion reste compatible avec l’objectif fixé et que leurs propositions ne reprennent pas des projets que le peuple a récemment refusés. Pour le reste, il n’y a aucun tabou.»

Le Conseil d’Etat avait proposé quatre mesures: le rallongement du temps de travail de 40 à 42 heures, le non-remplacement des départs, le temps partiel et les licenciements facilités. Les fonctionnaires estiment qu’il en résultera un service public ratatiné et une école indigne de sa mission: «Les objectifs d’économies de l’Etat représentent une coupe de 60 millions de francs, soit l’équivalent de 400 postes en moins alors que la démographie augmente, estime Laurent Vité, président du syndicat des maîtres du primaire (SPG). Une lecture que dément François Longchamp: «Les mesures proposées n’impacteront pas le budget 2016. De plus, je rappelle que contrairement à ce que prétendent les représentants des enseignants, le DIP gagnera 83 postes supplémentaires en 2016. Or je constate que 80% des grévistes sont issus du DIP. Et que certains grévistes ont pris en otage les élèves et leurs parents, allant jusqu’à prétendre qu’il n’y aurait plus assez de pupitres dans les classes l’année prochaine!»

Si la fonction publique genevoise se bat aussi férocement, c’est aussi parce que la gauche a en ligne de mire la réforme de la fiscalité des entreprises (RIE III). Craignant que le secteur public ne paye pour ce qu’elle considère être un cadeau aux riches. «Ce lien entre mesures d’économies et réforme de la fiscalité des entreprises est mensonger, puisque celle-ci ne se fera pas avant 2018, répond François Longchamp. Pour l’avenir de Genève, cette réforme est la mère de toutes les batailles. Pour ses adversaires, tout ce qui peut l’attaquer semble bon à prendre: bientôt, certains prétendront que si l’attente au service des autos est trop longue ou qu’un tram a du retard, ce sera la faute à RIE III.»

Dans l’immédiat, il s’agit pour le Conseil d’Etat de sauver le projet de budget 2016. Celui-ci est dans l’impasse, une majorité de la Commission des finances du Grand Conseil, formée de la gauche et du MCG, ayant refusé d’entrer en matière sur l’examen du projet. Les ministres rencontreront donc tous les partis politiques la semaine prochaine pour tenter d’infléchir les positions, alors que les fonctionnaires défileront dans la rue. Le canton s’achemine vers un mois de décembre fiévreux.

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Tag(s) : #Luttes Services Publics

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