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Une éthique de la fraternité comme pulsation du monde

JACQUES BRODA - fondateur de l’association L.E.A. ( Lire-Ecrire-Agir).

VENDREDI, 21 NOVEMBRE, 2014

Par Jacques Broda, sociologue. L’espérance d’un nouvel internationalisme

« L’international sera le genre humain. » Je réalise la portée anthropologique de l’énoncé. Le genre humain, l’espèce humaine a contrario de l’ethnie, la religion, le sexe. Il y a là une proposition ontologique et métaphysique majeure. Un arrachement au destin, au déterminisme, y compris de classe et de biologie. Freud disait : « L’anatomie, c’est le destin. » Les travaux sur le genre nous interpellent, ils pointent l’incorporation des habitus, des codes, et font du genre un construit social. Mais, quid du sujet conscient ?

Je propose un troisième genre, fruit de la conscience de classe, de la conscience internationaliste, pétri dans la lutte, l’engagement, le travail de la pensée et de la parole, sur les valeurs d’égalité, de fraternité et de solidarité. Il met la liberté au service de la valeur, et non pas du seul plaisir, désir, libertaire. Ce sujet se projette dans l’avenir, il anticipe le nouveau monde et fait de l’utopie fraternelle un horizon d’attente. Il détricote les pièges des idéologies identitaires fragmentaires, vise à l’universel. Les noyés de la terre (Lampedusa…) nous obligent à refonder, recréer un nouvel internationalisme prolétarien.

Déjà, des chaînes de solidarité s’organisent, agencent le réel d’une autre façon que l’indifférence ou l’exclusion mortifère. Fraterniser, c’est rendre possible l’impossible, pensable l’impensable. Quand tout oppose : la concurrence, la compétition, le racisme, l’exclusion, la guerre. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » D’où vient la difficulté, le blocage, le non-vouloir, le non-désir fraternel ? D’où vient la défense ? S’agit-il d’un refoulement de l’histoire sociale, d’un clivage entre moi et autrui, ou d’un déni de la souffrance de l’autre, fût-ce la mienne ? Comment se fait-il que l’accroissement obscène des inégalités ne débouche pas sur la révolte et la mise en mouvement d’une Internationale ? « Pourquoi tant de souffrance et si peu de combat ? » (W. Benjamin).

La lutte transforme, je deviens un internationaliste dans mon action, ma pensée, ma chair. Je rencontre l’autre différemment, la lutte nous unit. C’est une conversion, qui n’est pas hystérique mais anthropologique ; c’est un choix entier et radical, il fonde une nouvelle espérance au regard d’une ancienne, déçue. Déjà elle existe, déjà d’autres par millions la vivent, la pensent, autour du mot « camarade ». Les altermondialistes, le village du monde à la Fête de l’Humanité et bien d’autres. Bolivie, Tunisie, Burkina, Brésil, Venezuela, Grèce, etc. La pulsation du monde au rythme des luttes. L’international(e) sera le genre humain par la valeur, l’action organisée et la pensée. « L’internationalisme déconstruit la notion de cosmopolitisme, c’est un affect constructif de lutte, une dette d’affect » (J.-F. Lyotard), c’est un état, un lieu, un fait et une pratique, une ouverture absolue sur un monde inouï. Il fonde l’internationalité ; elle se nourrit de la tradition et de la transmission, ne fait pas du passé table rase, mais une force productive ; elle fonde une éthique de la fraternité.

Oui, la fraternité va plus loin que la solidarité, ne fait pas du droit le but, mais le moyen. Car la conquête des droits ne garantit pas la loi. C’est un appel. Les forces existent, souvent enfouies. Il suffit de presque rien pour réveiller ce que deux siècles de luttes émancipatrices ont créé comme valeurs.

Tag(s) : #Contre-Culture

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